Depuis qu’il s’est installé dans les Ardennes belges, dès la fin des années 1970, Daniel Michiels a fait de cette région le principal sujet de son travail.
S’intéressant à la vie rurale, il photographie des paysages des environs de La Roche, des scènes de chasse, des paysans, des bûcherons,… L’exposition «Ardenne Restante» était un parfait témoignage de cet attachement de l’artiste pour sa région d’adoption.
Un autre travail sur l’Ourthe, qui n’était pas le fruit d’une commande mais un simple «plaisir», a également fait parler de lui.
Actuellement, il travaille sur une nouvelle série qu’il a intitulée «Et alors!». À propos de ces clichés, l’artiste avoue ne pas savoir les expliquer. C’est donc au spectateur de voir comment il veut les interpréter et d’essayer non pas de comprendre, mais de se poser des questions tout simplement.
Daniel Michiels se dit différent des «photographes actuels», ceux qu’il appelle les «conceptuels».
Son objectif serait de créer des images menant les spectateurs à s’évader…
Dans la série photographique «Et alors!», il n’a pas basé son travail sur un sujet en particulier. On y trouve des portraits, des paysages, des objets, …
S’il n’est pas un «conceptuel», il a néanmoins une démarche qui régit l’ensemble de cette série: il revendique le fait de ne pas devoir aller loin pour trouver une image.
La majeure partie de ce travail a d’ailleurs été photographiée chez lui. On distingue sur plusieurs photographies son escalier, ses chaises, des meubles, … Les portraits, qui sont la plupart du temps des enfants, représentent des personnes de son entourage.
Il y a également quelques clichés plus «lointains» géographiquement, pris à Liège, Bruxelles ou Verviers. Mais, dans ces cas-là, c’est un instant qu’il a immortalisé, car il était à cet endroit à ce moment-là. Il n’est donc pas véritablement allé chercher son image, il l’avait sous les yeux…
On observe aussi des œuvres d’art, une peinture, une sculpture, une vitrine d’exposition,… Et là encore la démarche de l’artiste est de ne pas aller chercher «trop loin».
Lorsqu’il photographie une peinture, et qu’on lui demande «pourquoi» ce choix, il répond tout simplement que le peintre, s’il a créé ce tableau, avait quelque chose à dire. Cette œuvre n’est donc pas insignifiante, dès le départ. Elle contenait déjà un message…
Ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir des photographies de Daniel Michiels, et plus particulièrement ses portraits, retrouveront dans cette série l’artiste qu’il était déjà il y a 10 ans, alors que ses clichés sont tout récents.
Il reste inchangé, l’âme qu’il apporte aux personnes qu’il photographie demeure identique. Que ce soit dans l’expression du visage ou la position des membres, l’individu représenté est presque «absent». Il est bien là puisque nous le voyons, mais il est ailleurs…
L’artiste procède souvent de la même manière lorsqu’il réalise un portrait.
Ce n’est pas lui qui demande à ses modèles de poser et prendre telle ou telle position, telle ou telle expression. Il ne dit rien, il attend… À un certain moment, la personne vit une sorte d’absence, et c’est à cet instant que le photographe doit enclencher son appareil. Cette absence «change» l’individu, crée une tension, et c’est ce qui intéresse Daniel Michiels.
Il ne serait donc pas un photographe conceptuel, mais il a malgré tout ses idées et une manière de travailler qui lui est propre. C’est un passionné… Par son travail et ses propos, l’artiste témoigne d’une certaine spontanéité. Il s’exprime d’ailleurs par ces mots: «Tu n’as pas de questions à te poser quand tu fais quelque chose. Vas-y!»
Il ne veut pas créer pour plaire, cela n’a aucun intérêt pour lui. Il veut que son travail interpelle.
Son objectif, pour l’ensemble de son travail, est de faire en sorte qu’il reste une «étrangeté» dans l’image. Il ne faut pas comprendre ses œuvres, il ne le souhaite pas. Si on les comprend, il estime alors que c’est raté…
|