Presse & Médias
Michel Mouffe
Long dialogue avec la matière
du 7 août au 4 septembre

du mardi au dimanche de 14h30 à 18h 
 
     
 

Dans l’atelier de Michel Mouffe (1957, Bruxelles) trône un magnifique kayak de mer du début du siècle (passé), posé sur des tréteaux. A ses moments perdus (il y en a peu), le peintre reprend le long et lent travail de polissage d’un bois « épais comme une feuille de papier à cigarette », parcourt du regard et de la main les courbes élégantes, jusqu’au jour où, lui ayant redonné vie, il placera pour de bon l’embarcation sur l’eau. Rien d’incongru dans la présence de cet objet en ces lieux : outre la passion de Michel Mouffe pour la Mer du Nord, les machines placées alentours évoquent tant le travail du menuisier que celui de l’artiste peintre. Du ferronnier aussi : les tableaux de Michel Mouffe sont d’abord des constructions lentement élaborées, des structures complexes où les tiges de métal rudoient la toile tendue, la fragilisent à l’extrême. La couleur est appliquée à l’horizontale, suivant les préceptes des maîtres anciens : une infinité de couches qui, peu à peu, confèrent au support sa nouvelle trame, toujours différente. Ce tribut à l’histoire de la peinture se retrouve dans l’évocation d’œuvres du passé, Bataille de San Romano d’Uccello, Chambre des époux de Mantegna ou Naissance de Vénus de Botticelli. Sa nouvelle série entretient par contre un rapport étroit avec le contemporain. Grand admirateur des expressionnistes abstraits américains, Michel Mouffe part de l’admiration sans bornes qu’avait Frank Stella pour le joueur de baseball Frank Williams, capable selon lui de voir « plus vite que n’importe quel humain ». La vision pure, la parfaite perception de l’instant, l’opticalité instinctive… rêves de peintre ? Les tableaux, ronds et traversés par les deux lignes sinueuses que créent les tiges de métal, sont autant de balles de baseball. Mais ils sont aussi des tondo, un genre souvent ignoré par l’histoire de l’art. Mais l’un des rares tableaux exécuté par Michel-Ange (qui méprisait la peinture de chevalet) n’est-il pas le tondo Doni ?

Michel Mouffe aime l’unique, ce qui refuse de se plier au schéma de la reproduction. Il donne à  ce tableau carré de 113 centimètres de côté un titre évocateur : Irreproductibility. Cauchemar du photographe. Comment re-produire ce qui a déjà coûté tant d’efforts à être produit ? Comment faire sentir l’infinité des couches, la fragilité de la toile qui se tend, la lente corrosion qui, un jour, aura peut-être raison de l’œuvre elle-même ? Paradoxe : ce sont les images en noir et blanc qui y parviennent le mieux. Le peintre s’en amuse, sait que la photographie n’a de noir et de blanc que le nom (l’infinie variation des gris !). Il intitule Homoxymore l’exposition ainsi reproduite, mot-valise qui en dit long sur son désir d’embrasser à la fois ce qui est et son contraire, la couleur et son absence, le bidimensionnel et la profondeur.

« Comment peindre ? En ne peignant plus. Littéralement. En laissant les toiles se peindre, répondre à leur nature propre ; en laissant la peinture se faire car qui peut mieux faire apparaître la peinture que la peinture elle-même. » (Michel Mouffe, Petit dialogue avec l’ange).