Après avoir exposé à la Grange en 1997, Daniel Daniel revient avec un travail nommé «Klaus Kermesse». Il s’agit de petites figurines photographiques découpées, qui s’animent dans un décor de fête foraine. Ce film,
qui est une production «La Parti», se compose de 12 épisodes de 2 à 3 minutes. Avec «Klaus Kermesse», nous sommes dans ce que nous pouvons appeler de l’animation vidéo.
L’objectif de l’artiste était de créer un film qui serait un contre-pied de l’art cinématographique actuel, dominé par le numérique et toute une série de trucages ou effets spéciaux. Sa réalisation s'éloigne de ces divers procédés informatiques dans le sens où les décors et personnages sont le résultat d’un travail manuel essentiellement. Il aurait pu, lui aussi, utiliser un logiciel pour produire son animation sur ordinateur, comme cela se fait souvent. Mais une réalisation entièrement informatisée ne l’intéressait pas.
Ce film, Daniel Daniel avoue l’avoir fait dans un souci d’art plastique. Son but n’était pas de filmer des personnages de manière «léchée».
Il revendique l’appellation de «sculptures», car ce sont bien des sculptures qu’il a produites et filmées.
Évidemment, il nous présente de petites histoires, mais la production ne s’arrête pas à ces scénarios.
Démarche de travail
Un projet comme celui-ci ne s’élabore pas du jour au lendemain. Le travail ne se limite pas à l’écriture d’épisodes et la réalisation de décors, c’est bien plus que cela.
Préparation
• Synopsis et story-board
Tout commence donc par un synopsis qui décrit les aventures survenant au personnage principal. Dans un second temps, un story-board doit être mis sur papier afin de définir la suite de la réalisation. Un story-board complet et réfléchi favorise le bon déroulement du travail, d’où sa nécessité.
Celui-ci symbolise en quelque sorte la mise en place de la production. Il détermine le découpage du film en séquences qui seront à chaque fois des nouvelles vues. Il contient une description de la scène, une illustration afin de mieux la visualiser, et des informations «techniques» sur la réalisation. Les personnages étant articulés, il est important de savoir lorsque ceux-ci devront être manipulés par un assistant.
• Préparation des personnages
Lorsque le story-board est terminé, la préparation du film peut commencer. À ce stade-là, les personnages apparaissent.
Comme dans un film «classique», la présence d’«acteurs» est requise. Les héros, dans ce cas-ci, sont des figurines photographiques articulées. Mais elles ne sont pas apparues soudainement, il y a ici encore un long travail… Après avoir trouvé les personnes qui incarneraient les différents rôles de «Klaus Kermesse», il fallait les préparer afin qu’un transfert puisse s’accomplir. L’objectif était en effet pouvoir produire des figurines en carton sur base de ces personnages bien vivants. Des séances photographiques ont donc été mises en place et pas mal de clichés ont été pris. Il était important, surtout concernant le personnage principal, de posséder plusieurs images exprimant différents sentiments et diverses positions en fonction du résultat voulu: photographies de face, de profil, de 3/4, de derrière, avec les yeux ouverts ou fermés, la bouche entrouverte qui tire ou non la langue, le personnage assis, debout, accroupi…
• Préparation des figurines
Une fois que les clichés étaient en possession de l’artiste, il fallait encore les «arranger».
Ceux-ci sont tout d’abord passés par un logiciel graphique pour une opération de détourage. Il restait alors le découpage des figurines photographiques ainsi que le collage sur du carton, actions pour lesquelles Daniel Daniel a obtenu du renfort.
• Articulation des figurines
Mais, avec tout ceci, ces futurs personnages «articulés» étaient toujours immobiles et plats. Des éléments mobiles y ont donc été ajoutés pour les rendre plus vivants, du moins en ce qui concerne les «héros» qui interviennent dans les différents épisodes.
Après cette étape, il était par exemple possible de permettre à un personnage de fermer les yeux, ou de tirer la langue!
• Décors
Le film n’étant pas composé uniquement de personnages mais aussi de décors, la démarche fut la même. Bien qu’au niveau de la «scénographie», on retrouve plusieurs éléments en 3D, dans lesquels le personnage peut prendre position (un chariot, par exemple).
Voilà pour ce qui est de la préparation des différentes séquences.
Tournage
«Klaus Kermesse» étant une animation vidéo, ces figurines photographiques ont ensuite été filmées dans leur décor, en suivant les indications inscrites dans le story-board. Cette partie du travail a été particulièrement longue puisque le tournage s’est étalé sur plusieurs semaines.
D’autres personnes ont participé à la «finition» du film puisque celui-ci a dû être monté. Un passage obligatoire par l’outil informatique s’est donc opéré.
Si cette animation vidéo ne contient pas de paroles, un musicien-ingénieur du son s’est tout de même chargé des bruitages et musiques de fond afin de renforcer l’ambiance du film.
L’histoire de «Klaus Kermesse»
Dans ce film se déroulant sur plusieurs épisodes, l’histoire est celle de Monsieur Klaus. Ce personnage, qui déambule dans une douzaine d’attractions, va vivre certaines aventures parfois loufoques auxquelles le spectateur aura l’occasion d’assister.
L’univers présenté ici est clair, autant par le décor que par le fond sonore.
On retrouve les attractions traditionnelles (manège de chevaux, grand roue, train fantôme, …)
Même si les personnages et les décors sont le résultat d'un travail manuel, cela n’empêche pas au film de comporter ses «effets spéciaux». Lorsque Monsieur Klaus teste les attractions, il lui arrive des histoires parfois bien étranges. L’effet inattendu que produisent celles-ci est visible pour le spectateur, il est donc possible de les découvrir et d’en suivre l’évolution. Dans un cas comme celui-ci, le fait d’avoir choisi de créer des figurines «articulées» trouve tout son intérêt.
Évidemment, les histoires présentées ici sont un peu surréalistes. Mais cela reste malgré tout abordable, et compréhensif pour celui qui visionne cette animation vidéo. Cette étrangeté présente dans l’ensemble de la production apporte une fantaisie supplémentaire, qui est loin d’être déplaisante.
Public
Peut-on, après tout cela, parler de «Klaus Kermesse» comme une réalisation propre au monde enfantin?
Pas forcément. Si l’univers de fête foraine est souvent associé aux plus jeunes, le public visé n’est pas particulièrement ce dernier. Il n’y a pas d’âge pour découvrir ces aventures, pour rire des effets produits, ou encore pour être amusé pas les personnages ou les décors de «Klaus Kermesse». Daniel Daniel s’est d’ailleurs lui-même certainement amusé en créant son film, il y a mis du cœur. Mais il s’est également investi énormément. Il serait déplacé de ne pas souligner tout le travail qu’il y a derrière ce projet. Et c’est peut-être lorsqu’on accède aux «coulisses» que l’on s’en rend compte davantage…
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