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Du 11 septembre au 24 octobre 2021

Mercredi, samedi et dimanche de 14h à 18h

M/Ondes

Site de Montauban-Buzenol

Exposition

Aux dires de l'ombre, aux silences du fragment - Hannah De Corte, Surya Ibrahim, Roxane Métayer, Matthieu Marre et Julia Lebrao Sendra

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M/ondes
Aux dires de l'ombre, aux silences du fragment.


Hannah De Corte
Par sa pratique artistique, et dès le début de sa jeune carrière, Hannah De Corte interroge en tant que peintre la nature même de la toile, au titre de support, l’élevant au statut de médium, de moyen d’expression. 
En alchimiste de la toile, elle transmute ce matériau, apparemment sans valeur propre, et le place au centre de son travail, passant du plomb à l’or en démontrant, par une attention extrême portée à son tissage, l’âme (au sens de la structure centrale qui donne sa résonance au violon) de cette surface. Pointant minutieusement au feutre marqueur le fil de trame ou le fil de chaîne, elle exprime ainsi l’irrégularité de l’invisible structure-toile, lui rendant une identité, réhabilitant son insignifiante essence par l’anoblissement de son geste.
Ce geste consiste à réaliser, c’est-à-dire à faire accéder au réel, à faire exister l’essence-même de la toile, valorisant cet élément secondaire et pauvre du tableau par le temps qu’elle lui porte, révélant ses aspects contingents et invisibles.
Cet accession au concret, à l’apparent, rappelle à quel point est invisible, et donc inexprimable, la constitution du réel, sa nature secrète, son ADN.

Extrait du texte “ALCHIMISTE DE LA TOILE” de Constantin Chariot, pour le catalogue d’exposition de "Young Belgium: Ineffable (opus 1)“ Patinoire Royale/Galerie Valérie Bach, 12 décembre 2020 - 27 février 2021. 



Surya Ibrahim
Surya Ibrahim travaille avec divers supports de représentation virtuelle en explorant leurs façons d'interférer et de s’incorporer dans nos rapports aux mondes manifestes.
Par le biais de sculptures et d’installations, il interroge les limites et potentialités sémantiques des images, signes et constructions de synthèse, celles de leurs médiations spatiales et visuelles, ou encore, celles des langages codés et formels dédiés à la configuration de nos modes d'appréhension du réel.
En d'autres termes, il cherche à sonder les processus d’abstraction de nos relations à l'environnement à partir de ces véhicules de transmission pour aussi questionner les correspondances et télescopages qui peuvent s’opérer entre nos milieux de vie et nos chaînes de médiation diagrammatiques. Il remet en jeu, l’influence de ces intermédiaires médiatiques et technologiques dans l'entretien de nos liaisons avec l’espace/temps ainsi que leurs annexions.



Roxane Métayer
Sa pratique tend à la création d’environnements fictifs par la fabrication d’artefacts, d’objets sculptés (sur savon ou cire d’abeille), dessinés, ou filmés. Ils évoquent des lieux, sous forme de restes ou de traces, des espaces aux situations géographiques et temporelles incertaines. De l’ordre du rêve ou du souvenir, ces mondes, comme des environnements parallèles, mettent en scène des entités multiples. Elles sont animales et végétales, esprits, divinités déchues et enfouies, êtres magiques, ou encore, âmes solitaires retirées des sociétés humaines.
Les milieux dits «naturels» où résident des formes de vie non-humaines tels les espaces forestiers, sont des éléments importants au sein de cette trame narrative. De ces espaces où une certaine forme de liberté est supposée plus vaste, résultent la possibilité du jeu, de l’expérimentation, et de constituer des lieux de refuge. 
Par la collecte de sons, au moyen du field recording, la bande sonore participe à façonner ces environnements imaginés. Elle est souvent composée d’éléments enregistrés près des rivières et des forêts, qui sont ensuite retravaillés. Tout comme les images qu'elle filme, ces sources de sons transformés, deviennent autres, créant le fictif par la transformation de prélèvements du réel. La pratique de la musique (violon, autres instruments et voix) et la composition sonore font partie intégrante de son travail.



Matthieu Marre et Julia Lebrao Sendra
Il y a tout d’abord un rapport au monde empreint de mélancolie, un ardent désir barré par un impossible, une tension entre perte et désir. Dans la photographie de MM comme dans les dessins de JLS. Cet état s’accompagne d’une volonté d’harmonie, laisser aux choses leur complexité, les accepter pour ce qu’elles sont. Alors le chaos s’ordonne, les émotions acquièrent force et douceur, humilité. C’est le saudade brésilien dont JLS est originaire, et l’épicurisme dans lequel MM se reconnaît.
Il y a ensuite la méfiance l’égard de l’immédiateté. L’imaginaire n’est pas à nos yeux un déni de réalité, mais au contraire la seule manière de l’effleurer. L’imaginaire ou le mythe. Le monde ne vient à nous qu’à travers le langage. Il existe en nous selon une certaine fiction, mais il nous échappe au fond comme nous-même. C’est une pâte informe et indicible, comme un au-delà à portée de main. Seul le récit mythique permet de casser ce dualisme en découvrant une organicité dans le langage et une littérature dans le monde. L’humain, selon nous, est un être de récit. La vérité est nulle part et en chacun.
Il y a enfin la conjonction de pratiques, d’esthétiques et de compétences différentes, qui donnent lieu, dans le bouillonnement des énergies, à des créations imprévues pour l’un et l’autre. Lorsque nous montons une exposition, il s’agit de peindre du sol au plafond un lieu selon un récit qui permette d’habiter le monde autrement. Une cabane où nos esprits peuvent jouir de leurs obsessions tout en les découvrant à travers l’autre. On plante un décor, on sème des indices narratifs, et dans cet univers le spectateur se meut librement en relisant les choses à sa manière, selon son regard et sa sensibilité.