Artiste résidant actuellement à Arlon, il est déjà connu du Centre d’Art Contemporain pour avoir été lauréat, en 1997, du concours intitulé «Prix des arts plastiques de Virton». Photographe et plasticien, il est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre.
Son travail se compose de séries photographiques comme «La fuite», «Le combat» ou encore «Asleep or given up», d’objets photographiques comme «La boule à neige», mais aussi de vidéos. «Ikthus», par exemple, est un film expérimental s’interrogeant sur la notion d’enfermement.
Rohan Graeffly est un artiste complet, qui travaille non seulement sur l’image (fixe ou en mouvement), l’objet, mais également sur le son ou le texte. Ses œuvres, il les installe. Il faut dire que son travail, quelle que soit la forme qu’il prend, poursuit la plupart du temps une même idée: celle de l’identité et du souvenir. Les réalisations sont donc en quelque sorte liées les unes aux autres.
L'identité et le souvenir
Ces notions d’identité et de souvenir, on les ressent dans la plupart des travaux de l’artiste. Que ce soit dans une photographie, un objet, un son…
«La fuite»
Dans la série photographique «La fuite», il dévoile des souvenirs personnels et joue avec son identité, par rapport à ce que les gens connaissent déjà de lui.
Les événements évoqués dans ces images, il les a vécus. Cependant, il ne parle pas d’«autobiographie» lorsqu’il définit son travail, il préfère le terme «autofiction» ou «réalité fictionnelle». La raison en est simple: il s’agit bien d’un travail sur l’identité, basé sur des expériences personnelles, mais l’artiste réarrange la vérité. Les légendes correspondant à chacune des photographies (lieu, date et heure) ne coïncident pas toujours avec la réalité.
«Sans Titre»
L’œuvre «Sans Titre» est en fait une installation composée d’un écran (cadre en bois, miroir sans teint noir, afficheur led) et d’un spot d’éclairage. La base de ce travail est un texte que Rohan Graeffly a composé pour sa série photographique «La fuite». Toujours en rapport avec l’identité visuelle, il «renvoie» l’image du spectateur.
«La boule à neige»
Chacun a déjà eu l’occasion de rencontrer dans les boutiques de souvenirs ces «boules à neige», en verre ou en plastique, qui offrent une représentation de la ville visitée. Qu’elles renferment un élément emblématique, un symbole du pays ou une vue de l’endroit, elles permettent au visiteur de garder en mémoire le lieu et les moments qu’il y a vécus.
Lorsqu’un ami de Rohan Graeffly lui a offert, après un repas, une boule à neige lui rappelant une soirée passée à Rome en 1958, il tenait à lui transmettre un souvenir qu’il avait, à l’époque, partagé avec un autre ami. Malheureusement, bien que l’intention soit touchante, cette boule à neige n’évoquait aucun souvenir à l’artiste puisque celui-ci n’avait pas partagé ce voyage avec eux. Mais il ne comptait pas en rester là… «Je me sentais redevable d’un souvenir à mon ami, ainsi qu’aux autres convives.»
Il a alors eu l’idée, au cours d’un autre repas chez ce même ami, de réaliser lui aussi une boule à neige, qui témoignerait de la soirée passée et permettrait à chacun de la garder en mémoire. Photographiant l’intérieur de la bouche des 8 personnes présentes, il a accompagné ces images par du son, en enregistrant la conversation suivie durant un court instant. Après avoir exécuté un découpage dans les différentes voix, il a retranscrit les paroles de chacun et les a placées derrière la «bouche» qui les avait formulées, dans une boule à neige plus moderne. Après avoir réalisé un socle pour ces 8 boules à neige, il ne restait plus qu’à les placer. Nous voilà donc, aujourd’hui, en présence d’une «table à souvenir» comprenant des éléments empruntés à cette soirée du 27 mai 2006.
Toutes les paroles inscrites provenant d’une même conversation, il est possible de recréer un extrait de la discussion qui a eu lieu ce soir-là. Mais aucune indication ne nous est donnée sur l’ordre des phrases. C’est au spectateur de jouer avec ces boules à neiges et essayer de voir, s’il le souhaite, quelles répliques se répondent. Ces objets photographiques sont donc autorisés à être manipulés, afin que chacun puisse recréer cette soirée comme il la perçoit. Tout comme son ami qui lui avait offert et transmis ce souvenir de Rome de 1958, Rohan Graeffly refuse que le souvenir de cette soirée vécue en 2006 ne puisse être partagé…
«Kritischporträt»
Il s’agit d’une installation sonore qui, encore une fois, est un travail réalisé sur l’identité. C’est un portrait de l’artiste, qui a été réalisé avec l’aide de 180 personnes de son entourage. Ceux-ci ont décrit la façon dont ils le percevaient, en utilisant uniquement des adjectifs qualificatifs. Après une traduction en anglais, un tri par ordre alphabétique et l’apport d’une voix de synthèse, le portrait a été enregistré sur CD audio.
Les éléments décrits ci-dessus font partie des travaux récents de Rohan Graeffly. Son travail sur l’identité se poursuit donc, même s’il réalise d’autres projets en parallèle. C’est le cas de sa série photographique «Asleep or given up», qui propose une rencontre avec des objets trouvés au hasard, une fois la nuit tombée.
Dans l’ensemble de ses œuvres, l’artiste nous dévoile des éléments sur sa vie, sa personnalité… Mais peut-on dire finalement que nous savons qui il est?
Son but est de faire en sorte que son travail reste «ouvert». Il nous donne des clés, et c’est à nous maintenant de déceler le vrai du faux.
Où s’arrête la réalité, et où commence la fiction?…
Site de l’artiste: www.rohangraeffly.be
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