Le travail récent de Claudie Hunzinger s’intitule «Pages d’herbes»
C’est ici un retour vers les végétaux, et plus particulièrement les feuilles et les herbes.
Se basant sur une observation, l’artiste a découvert qu’une feuille réalisée en végétaux n’était pas qu’une simple feuille: elle était écrite, couverte de signes.
«Peu a peu j’ai observé et mis à jour cette faculté qu’ont les plantes à se transformer en feuilles de papier et simultanément en signes sur ces pages. Et ceci non pas au hasard ou en fouillis. Au contraire: chaque famille botanique possède ses formes stylistiques à elle et ses configurations. De cette découverte j’ai fait ma recherche de fond, entassant des pages de mousses, de graminées, de prêles, d’écorces et de feuilles d’arbres, proliférations de séries formelles sans fin, nées quasiment sur place – des alentours de mon atelier en montagne – puisque j’avais décidé que je n’irai pas voir plus loin, ne voyagerai pas à travers la planète, et que l’immobilité serait un des concepts de mon travail.»
Les pages d’herbes naissent d’un long processus de transformation (emploi de chaudrons, longues décoctions, rinçage, teintures, puis séchage sous presse)
«Ces herbes ont changé de statut, elles sont devenues du langage, le langage visuel qu’elles contenaient déjà. Car ces pages ne sont ni des peintures ni des gravures humaines même si elles ressemblent souvent aux recherches plastiques contemporaines telles des "formes originaires de l’art". Et c’est là, très exactement, que se situe l’enjeu de mon travail: n’utiliser ni les crayons ni les pinceaux, ni la photographie ni la vidéo, ni les images ni les objets des créations humaines d’aujourd’hui, mais rejoindre le corps de la nature, son énergie, capter cette énergie, en pénétrer les secrets de tours de main. "Handwerksgeheimnisse der Natur" - qu’il appartient, pensait Nietzsche, autant à l’artiste qu’au philosophe d’articuler-, les faire surgir.»
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