Anne-Cécile Lambert

1er octobre - 4 novembre

Centre Culturel Local de Hotton
 



     

Le travail présenté par Anne-Cécile Lambert, jeune diplômée en peinture, est le résultat de son jury de fin d’année (2006). Il s’agit de peintures abstraites.
Durant ses 4 années d’études supérieures, l’artiste a eu l’occasion de découvrir de nombreuses techniques, parmi lesquelles l’acrylique. C’est vers celle-là qu’elle s’est dirigée pour la réalisation des 30 toiles qui composent ce travail.

À première vue, même si on parle d’abstraction, le sujet ne semble pas si confus. Il s’agirait d’une recherche sur l’effet que produit l’eau sur les fenêtres, son ruissellement. Avec cette indication, il nous est possible d’identifier plus efficacement ses toiles: ces «taches» représentent en réalité ce qu’on pourrait appeler des «coulées». Se trouvant face à un de ces tableaux, on imaginerait volontiers une fenêtre.

Sa démarche de travail
Comme il l’a été dit plus haut, ce travail a été réalisé pour une occasion particulière, et il se classe «à part» dans tout ce qu’a pu réaliser l’artiste jusqu’à présent. En effet, pour Anne-Cécile qui aime se baser sur une structure lorsqu’elle peint, la démarche était ici complètement différente. On peut alors se demander d’où vient son inspiration, et dans quelles circonstances est née cette série.

Être structuré, c’est bien. En général, on séduit plus facilement les spectateurs qui aiment ce qui est «conventionnel», ils comprennent aisément, et cela les rassure sans doute. Mais il arrive un moment où l’artiste veut se diriger vers «autre chose».
Ici, Anne-Cécile Lambert avait envie de «se lâcher». Elle ressentait le besoin de se défouler, de faire sortir ses émotions. Et ce n’était pas avec un tableau structuré qu’elle y parviendrait.

Elle a préparé son support(une toile de 400 x 300 cm) et ses outils (pinceaux, pot d’eau et peinture acrylique). Le choix était ici assez instinctif. Elle s’est emparée d’un pinceau large, y a appliqué un peu d’acrylique, de l’eau, puis elle s’est lancée…
Il y eut une tâche, et une coulée. C’était au départ le fruit du hasard. Quoi qu’il en soit, l’effet produit était intéressant, et Anne-Cécile savait qu’elle pourrait en tirer parti.

Il y a chez cette artiste une démarche quelque peu contraire à d’autres peintres, qui prennent parfois l’habitude de «réfléchir avant d’agir». C’est-à-dire qu’ils pensent à un concept et essaient ensuite de réaliser une œuvre qui exprimerait cette idée.
Dans le cas d’Anne-Cécile Lambert, cette expérience qui était une sorte d’exutoire n’était pas la traduction d’un projet prédéfini. Elle savait qu’elle ferait une toile inhabituelle, mais elle ne pouvait pas deviner le résultat qui en incomberait.

Peut-on dire pour autant que son travail n’est fait que de hasard, de coups de pinceaux aléatoires, de «n’importe quoi»?
C’est ici qu’il faut veiller à ne pas se positionner dans cette idée. Il y a effectivement une part de hasard au départ, on ne peut pas le nier. Mais il est important de souligner que cet essai a découlé sur une réflexion intense.
Face à cette «coulée», l’artiste a vu des ruissellements d’eau.Une fenêtre sur laquelle s’abat la pluie, et celle-ci qui parcourt la vitre, de haut en bas… Voilà ce qu’était ce travail.

À partir de là, celle à qui il avait un jour été conseillé de puiser son inspiration dans la nature tenait son concept. Elle y voyait clair, elle savait qu’elle poursuivrait dans ce sens. Elle a alors observé, et réfléchi. Puis elle a produit.
Quelques toiles étaient nécessaires, mais Anne-Cécile en a réalisées 30.

Les supports
Une des réflexions sur lesquelles elle s’est penchée concerne le support. Elle a pris l’initiative de limiter le format de ses toiles à 4 mesures différentes: 80 x 80 cm, 30 x 80 cm, 40 x 60 cm et 20x 30 cm.

La particularité de ses 30 tableaux, à l’exception des formats carrés, est qu’ils ont été «redécoupés».
Au départ, l’artiste se trouve face à une toile de 400 x 300 cm, et peint sur l’entièreté de celle-ci. L’avantage de ce format est de permettre des mouvements plus larges, alors qu’un support de 40 x 60 cm le permet beaucoup moins.
Lorsque la grande toile est terminée, elle est alors délimitée en plusieurs parties. Chacune de ces parts deviendra un tableau.
Ce qui est intéressant également dans cette démarche, c’est que le peintre a la possibilité de sélectionner les meilleurs rendus. Chaque morceau découpé est tendu sur un nouveau châssis, et Anne-Cécile construit sa nouvelle toile.

Sachant cela il est possible, avec une bonne observation, de déterminer les tableaux appartenant à chaque toile d’origine (en fonction des couleurs, des traits, de l’eau plus ou moins présente, etc.)
Cela peut être amusant pour le spectateur de « recréer mentalement»un format plus grand à partir de ce qu’on lui propose. L’artiste aussi s’en amuse! Lors de l’accrochage, suivant la disposition des oeuvres, c’est un nouveau tableau qu’elle crée.

Les couleurs
Au niveau des couleurs, le nombre de celles-ci est assez restreint. Le rouge et le violet essentiellement, sur un fond toujours blanc. Le blanc de la toile étant idéal pour symboliser la transparence du carreau, la clarté y est bien exprimée.

L'encadrement
Anne-Cécile a pris la décision de ne pas encadrer ses tableaux. La raison évoquée est la sensation d’ouverture, qu’elle pense indispensable: «L’eau étant libre de se mouvoir ou non, je ne pouvais pas envisager d’encadrements».
Le fait de conserver les bords blancs permet aussi un éclaircissement général de la toile.

L'intuition et les interventions de l'artiste
Même si on peut parler d’intuition dans ses œuvres, l’artiste a malgré tout veillé à garder un certain équilibre dans celles-ci. Se basant sur ses acquis et les nombreuses analyses de tableaux qui lui ont été enseignées, l’évidence à ce niveau-là était pour elle naturelle.
Il en va de même pour ses coups de pinceaux. Dus au hasard, son rôle en tant que peintre consistait à contrôler au mieux les rendus.
Son travail est donc un ensemble d’intuition, d’esthétique et de réflexion.

L'abstraction
Anne-Cécile Lambert souhaitait aussi s’exprimer sur la notion d’abstraction.
Même si certaines personnes ne sont pas familiarisées avec ce concept, il y a plusieurs choses à en dire.
En premier lieu, elle insiste sur le fait qu’un artiste doit savoir dessiner. Elle souhaitait donc rappeler que produire une œuvre abstraite n’est pas la marque d’une quelconque faiblesse en dessin. Des références bien connues nous aident d’ailleurs à nous en souvenir. Il suffit de penser aux peintres cubistes qui suivent une évolution logique: ils partent de la figuration pour modifier peu à peu les éléments et les abstraire.
L’artiste aura sans doute prochainement l’occasion de prouver qu’elle sait dessiner. Même si elle ne peint plus de tableaux pour cette série actuellement, elle y travaille malgré tout, mentalement. Elle réfléchit à ses œuvres futures et certains projets qu’elle aimerait accomplir. Car en restant dans son créneau, en continuant de peindre des «coulées» comme elle l’a fait jusqu’à présent pour cette série, elle aurait l’impression de tourner en rond, alors qu’elle ressent encore le besoin d’évoluer.
Elle souhaiterait introduire des éléments figuratifs dans ses peintures, tout en conservant leur caractère abstrait. De cette façon, une nouvelle œuvre permettrait plusieurs lectures, contrairement à ses toiles actuelles qui ne permettent qu’une seule lecture: l’abstraction. En y intégrant du figuratif, on découvrirait 3 étapes de lecture: l’aspect général d’abord (l’abstraction), les détails ensuite (la présence du dessin) et finalement l’interprétation du dessin.

L’abstraction permet aussi une libre interprétation du spectateur, et ce point était essentiel pour l’artiste: «En peignant, mon souhait était que la transparence de mes toiles se glisse dans le quotidien de chacun et chacune et qu’une liberté d’interprétation soit apparente. Que chaque amateur d’art puisse ressentir des sentiments intimes ou découvrir des objets imaginaires. Peu importe, l’essentiel est qu’il garde sa propre lecture visuelle tout comme les gouttes d’eau sont libres de se figer ou de couler.»

L’important ici est de se rendre compte qu’il y aura un suivi, et que l’artiste n’en restera pas là. Le hasard lui a permis d’ouvrir des portes, et c’est précisément dans cette direction qu’elle s’oriente.

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