Architecte d’intérieur et styliste formée à Saint-Luc Liège, Pinky Pintus (1966, Mont-Saint-Martin) aborde la création d’objets et de mobilier sous un angle ludique et sensible. Les meubles contemporains peuvent être fonctionnels, esthétiques ou amusants : Pinky Pintus tâche de concilier les trois. Grande admiratrice de la culture japonaise (son voyage au pays du Soleil Levant l’a profondément marquée), en particulier de l’œuvre de l’architecte Shiro Kuramata, elle cherche à ne conserver de chaque chose que le strict nécessaire, son essence, en gardant présent à l’esprit le plaisir que devra retirer l’utilisateur final de l’objet ainsi créé. Le terme ‘design’ qui, à l’origine, décrivait l’alliance de l’esthétique et du fonctionnel, est aujourd’hui empreint d’une connotation fétichiste, celle que l’on confère à des pièces de collection auxquelles l’on ne peut toucher. Rien de tout cela avec les meubles de Pinky Pintus, basés sur le contact tactile, la matière que l’on palpe et ressent. Son « mobilier mobile », qui a remporté en 2004 le prix Optimo (Fédération belge du bois) du concours international « Design for Europe », en est la parfaite illustration : ces casiers empilés en colonnes, d’une grande sobriété, pivotent autour d’un axe grâce à un mécanisme à la fois ingénieux et d’une grande simplicité, récompensé d’une médaille de bronze au concours Lépine. Pas de poignée, de découpe où glisser la main : on choisit de manipuler ce « semainier » à sa guise. Meuble emblématique du travail de Pinky Pintus, il se décline à volonté, du bois le plus simple à la peinture de carrosserie laquée… ou mis en couleur par l’artiste Anny Servais. Evocation des carrousels et jouets de l’enfance, il n’en reste pas moins très fonctionnel. Dans la même gamme, « trimestre » se déploie, lui, en longueur, sorte de grand comptoir supporté par trois colonnes de tiroirs mobiles, qui mêlent le plexiglas au bois cintré. Combinant le travail artisanal et les techniques de production en série, Pinky Pintus confère à chaque pièce un caractère d’unicité. Cette démarche se retrouve dans une série de luminaires, les « lumières bidon », réalisés au départ de bidons en plastique de grande consommation. Sans leur étiquette racoleuse, lessive liquide ou adoucissant, ils redeviennent eux-mêmes, simples et efficaces. Leur couleur franche, naguère destinée à retenir l’attention du client parcourant les allées du supermarché, prend soudain d’autres nuances, éclairée de l’intérieur. Réflexion sur la beauté d’objets voués à une existence des plus brèves, les « lumières bidon » questionnent également les liens entre l’Homme et son environnement, la société de consommation et le recyclage. Alors pourquoi ne pas réaliser des objets consommables ? Avec des bonbons, Pinky Pintus a conçu des bijoux, une cravate et … des sous-vêtements. Et bien que des couverts ne soient nullement nécessaires à en venir à bout, la fourchette et le couteau qu’elle a réalisés – en argent – méritent bien que l’on s’y attarde un peu. Nous sommes bien loin de l’argenterie de grand-mère, puisqu’ils ont été conçus pour s’adapter sur… des baguettes – un autre clin d’œil à l’Asie.
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