Quelques notes sur mon travail,
Après m’être pendant plusieurs années préoccupée de l’espace et du corps en taillant de grandes pièces de bois, je me suis tournée vers des matériaux souples comme le caoutchouc, le P.V.C, la toile d’acier et plus récemment encore l’argile.
En modelant celle-ci, je joue avec le décoratif, questionne le bon goût et présente comme l’a écrit Jacques Py « un goût évident pour l’excès ».
Je brouille les pistes, je métisse et hybride, mélange les références en puisant allégrement dans l’art populaire ( les mangas par exemple) tout comme dans l’histoire de l’art universelle.
Mes nombreux voyage en Inde, au Japon, en Chine m’ont nourrie et certains aspects de ces cultures me sont devenus si familiers que je les observe, amusée, resurgir dans mon travail.
C’est ainsi que je rends hommage, en ce moment, au dragon chinois plus que millénaire (et toujours présent dans les mangas) en le réactualisant … avec liberté et irrévérence.
L’art a cette faculté d’abolir le temps, permettant la réévaluation permanente des œuvres de toutes époques.
Je cherche à susciter un regard étonné, puis approfondi, puisque les catégories du beau, du laid, du nouveau, de l’intéressant ne peuvent être immédiatement appliquées. Je voudrais ébranler, de manière joyeuse, les certitudes universelles du modernisme avec sa sobriété et sa fidélité au matériau en exploitant les antagonismes entre matériaux nobles et industriels : j’imite, par exemple, le caoutchouc et le Boulegomme en porcelaine. Par mon travail, je questionne les conventions de la modernité, le mythe de la révolution permanente et la fétichisation de la nouveauté. Je m’interroge aussi sur cet art contemporain universel dont les références sont exclusivement occidentales.
Ainsi, j’essaiede me confier sans dispositifs de sécurité au chaos des choses et de leurs interactions et d’en dégager une lecture fraîche, sensuelle, surprenante de la vie - et que ce travail ne soit pas dépourvu d’humour.
Cette exposition au centre d’art contemporain m’invite à confronter des travaux de différentes périodes, d’en mesurer tout à la fois les ruptures et le fil conducteur.
Elle me permet également de présenter, pour la première fois, des pièces de porcelaine, réalisées l’été dernier à Jingdezhen (Chine).
Clémence van Lunen , Paris, février 2006
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