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Du 08 juillet au 26 août 2007

Claudie Hunzinger (F)

Musée lapidaire // Montauban

Exposition

C’est en 1980, lorsqu’elle s’aperçoit que le papier est fabriqué à partir de la cellulose contenue par les plantes, que Claudie Hunzinger fait une découverte qui marquera un tournant dans ses activités artistiques et sera à l’origine de ses « pages d’herbes ». Constatant que les végétaux contenaient des « signes », elle se refuse à effacer cette identité. Elle prend alors la décision de ne jamais mélanger les plantes entre elles, afin de réaliser une étude précise de toutes les langues en relevant, pour chaque famille de graminée, ses marques stylistiques, sa grammaire linguistique et sa signature.

INFOS

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Pour révéler les différents signes contenus par les végétaux, elle travaille les plantes à l’état cuit. C’est une des particularités qui font que son travail se distingue de celui d’autres artistes utilisant le végétal. Durant la cuisson, on assiste à un phénomène de digestion par la présence de NaOH, une solution de soude très basique agissant tel un suc gastrique et digérant ce qui de la plante est digestible et putréfiable. Après rinçage, il n’en résulte que l’architecture, le squelette. L’étape relative à la composition de l’oeuvre voit s’unir deux partenaires : l’artiste elle-même et l’eau, puissante assistante apportant un mouvement aléatoire propre au végétal. Le travail de cohésion s’opère ensuite, avec le séchage et la mise sous presse.
L’atelier à ciel ouvert de Claudie Hunzinger est devenu, au fil des années, un lieu de prédilection à ses recherches et ses formes d’expression artistique. Si l’artiste se consacre en particulier aux pages d’herbes, elle s’intéresse également depuis quelque temps aux crottins de certains animaux.
Le rapport entre les deux n’est pas anodin puisque ces animaux vivent le même phénomène de digestion auquel on assiste durant la préparation des végétaux. L’explication est donnée par Claudie Hunzinger : « ils font dans le chaudron de leur estomac exactement la même chose que ce que je fais dans le chaudron de mon atelier. Ils récoltent de l’herbe qui sera digérée par les sucs gastriques et ils restituent uniquement la cellulose, mais sous forme de toutes petites sculptures ».
En découvrant les vestiges historiques et patrimoniaux de Montauban, l’artiste a opté pour ces deux « matières » comme éléments centraux de son installation. Posant sa réflexion autour de la figure absente du Musée Lapidaire de Montauban-Buzenol, une sculpture représentant un âne moissonnant, elle a usé de stratagèmes percutants qui ont permis de lui rendre toute sa présence : l’évocation des moissons par les écritures réalisées avec les tiges de la glyceria fluitans (céréale primitive), mais également le renvoi du spectateur à l’image de l’âne, animal emblématique, par l’apposition sur le sol de crottins séchés semblables à de petites sculptures.
Avec cette installation, la relation entre art contemporain et archéologie était à la fois harmonieuse et juste. Le projet de l’artiste se justifiait pleinement et avait bel et bien sa place au Musée Lapidaire intégré en pleine nature.